J.M.W.TURNER, Venise

Turner, enseignant anatomie et perspective à l’ Académie Royale de Peinture, graveur et dessinateur hors pair, semble abandonner anatomie et perspective au bénéfice des traces, lumières, matières et sensations.

Débordements, embrasements, confusions, incendies, déluges, éruptions, batailles navales, avalanches, brouillards, pluies sont autant de sujets ou la confusion devient la métaphore de la fusion des éléments :

la terre, l’air, l’eau et le feu se mêlent dans un mouvement énergique ou lent, mais qui tourne le dos à la dissociation, à la distinction, à la séparation.

Pour Turner, la vie réside dans les échanges. C’est pourquoi, tous contours seraient des freins aux osmoses essentielles et nécessaires entre les éléments.

Si il choisit Venise, c’est parce que c’est la ville ou les éléments se mêlent, terre et eau, lumière et air, reflets, brumes, embrasements solaires. C’est la ville en courbes, en labyrinthe, en illusions, hors du temps, suspendue.

Il aura découvert la puissance esthétique de la confusion et du flou, à Londres ou le brouillard est fréquent. Estompant les contours, spiritualisant les monuments en apparitions, allégeant la pesanteur des masses architecturales, fondant les corps dans les décors.

C’est cette dimension romantique qui correspond aussi à l’air du temps ; la quête d’un ailleurs.

Ce qui caractérise Turner, et que ses contemporains ont caricaturé, c’est le travail sur le geste et la matière, taches, grattages, brosses et chiffons….Turner, à la suite de Titien et Vélasquez, est le peintre qui assume totalement la matière peinture comme médium sensible, comme matériau capable d’être utilisé avec une diversité de moyens pour exprimer des états d’âmes. Les expériences picturales sont cependant soumises au critère supérieur de la lumière, comme seule capable d’intégrer et de digérer ces audaces. raison pour laquelle son art s’impose tout de même.

Chose surprenante, il voit dans le sommet de la modernité industrielle de son époque, la machine à vapeur, la réalisation du génie humain, qui, fusionnant terre (charbon) eau (vapeur) feu (chaudière) et air (vitesse) reconstitue la vie, c’est à dire le mouvement. Humain démiurge, figure romantique.

Certaines de ses dernières peintures sont telles que les figures fusionnent totalement dans un mouvement en spirale, embrasées sous un soleil regardé en face (seuls Breughel et Van Gogh partagent cette audace).  » Un ange dans le soleil » par exemple est emblématique de cette aspiration quasi mystique vers un ailleurs absolu, non terrestre.

Autre figure romantique étonnante, la silhouette de Napoléon sur un soleil couchant ; la encore une destinée singulière, quasi divine et qui a inspiré Goethe comme Beethoven.

On peut consulter l’article ( plutôt théorique) sur la Paix par épuisement : La Paix, chapitre 3- L’ épuisement, Uccello, Turner, Pollock

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About Olivier Jullien

Intervenant dans le domaine des arts plastiques, comme enseignant, praticien ( peintures-graphismes) et conférencier.
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