Théodore Géricault, véritable comète incandescente disparaît jeune, rongé par la maladie, émacié, cadavérique, usé avant la quarantaine, brûlé par les deux bouts.
Emblématique figure de cette génération perdue, qui navigue entre l’aventure de l’émigration (suite à la Révolution) puis la fascination pour l’épopée Napoléonienne.
Comparable à Stendhal, contemporain de Chateaubriand, puis Hugo, Sand, Flora Tristan, Dumas, Balzac…il est question d’engagement personnel, de défi, de puissance de solitude, de voyages, de conflits.
Ses études de « monomanes » (aliénés) correspondent à la commande d’un ami aliéniste (premiers scientifiques à se pencher sur les maladies mentales, en se dégageant des explications religieuses de possession diaboliques). Il était question de « modéliser », selon la morphologue, des types de pathologies.
Pour Géricault,il s’agit d’un face à face incroyable avec l’abîme vertigineux d’une personne déconnectée du monde. Les yeux sont hagards ou flottants, les bouches crispées, la posture du corps vacillante. Ce dispositif puissant pour le peintre de regarder, de plonger dans la psyché perturbée et de tenter d’en traduire la singularité est un des exercices picturaux les plus dense.
La peau, les rides, les rougeurs sur les yeux, le teint terreux, les ridules sont mis en scène discrètement par une composition qui mène notre regard au regard des sujets. La prouesse de géricault est de suggérer la maladie par ces petits points sombres que sont les prunelles.
Fasciné comme sa génération romantique par « l’ailleurs » (la mort, la folie, le passé, le futur, le lointain, l’autre, l’animal..) Géricault trouve dans cette commande une cohérence avec ses précédents thèmes.
La liberté, thème romantique par essence, celle des chevaux par exemple.
La mort des naufragés de la Méduse (morts pour rien, à la différence de tous les morts représentés jusqu’alors), les fragments de corps suppliciés, les têtes de décapités, les cadavres d’animaux.
L’aventure guerrière, l’épopée napoléonienne..le cuirassier chargeant, tranchant le passé, se laissant emporter par la fougue du cheval, le futur confus et embrasé, la selle reposant sur la dépouille d’une bête fauve. Ensemble traité avec feu, traces, gestes, couleurs d’incendie. Composition centrée, mais basculant totalement en diagonale. L’ébauche renseigne sur les motivations profondes, même si la proposition finale semble assagie ; le jeune Géricault détonnait déjà aux salons, d’écartant du néo classicisme de David, mais prolongeant les audaces du baron Gros ( Eylau- Jaffa).
Le cuirassier quittant le feu est l’exact inverse, point à point de la charge..et correspond aux défaites de Napoléon…
Ainsi, comme dans le » Radeau de la Méduse », Géricault par sa peinture participe aux désespoirs et errances de sa génération devant le retour de l’ancien régime. Le fait divers tragique de la Méduse, sera compris comme une charge politique contre la restauration, dirigeants incapables, abandonnant le peuple à la dérive, en proie à des tensions mortifères. Le capitaine de la méduse, incompétent, avait été nommé par le Roi en remplacement du précédent, connu comme Bonapartiste. Suite à l’échouage de cette frégate, fleuron de la Marine, des dizaines de passagers sont abandonnés sur un banc de sable et dérivent ensuite sur un radeau (très grand. Plus d’une centaine de « passagers » au début) et sont victimes de conflits, de meurtres, de faim, de soif… jusqu’aux délires et à l’anthropophagie. Ce fait divers aurait été ignoré, si 2 rescapés n’avaient pas porté plainte contre les officiers lâches.
Géricault compose cette tragédie sur un format dédié traditionnellement aux peintures d’histoire ; il déchire littéralement la composition en 2 pyramides. Les figures anonymes nous tournent le dos. Chaque individu est partagé entre ombre et lumière. Tendus vers la droite, le vent les pousse vers la gauche. La pointe du radeau suggère l’instabilité sur une mer abyssale et dangereuse. les cadavres des « morts pour rien » suggèrent une méditation sur la vie, la corporéité. Les fragments de cadavres humains comme les animaux morts sont aussi des interrogations métaphysiques sur l’existence, débarrassées du Joker Monothéiste.
Delacroix, qui saura exprimer par la couleur et l’énergie, une aspiration irrationnelle, va dialoguer avec la peinture du « Radeau » en inversant la structure de façon poistive sur son oeuvre majeure « la liberté guidant le peuple ».
Pyramide reconstituée (au lieu des 2 pyramides du Radeau), figures nous faisant face tournant le dos à la confusion et aux fumées. Energies culminant au sommet de la pyramide par une idée, un concept, une abstraction, les 3 bandes tricolores. Les cadavres sont une reprise des 2 cadavres de Géricault, mais eux ne sont pas morts pour rien.
De même, Delacroix concentre tout le romantisme dans son portrait extraordinaire de la’ jeune fille grecque dans un cimetière ». Sensualité-mort-orient-liberté-espoir- Structure en pyramide, mais construite aussi sur une diagonale (la même que le cuirassier chargeant de Géricault). Cascade d’ouvertures jusqu’à l’œil humide (émotion) et à la bouche entrouverte (souffle), légère coloration du nez et des joues (fraicheur du matin, émotion), chignon défait (agitation, trouble, courant d’air).
Au centre géométrique de chef d’œuvre, les tendons du cou, dans un losange anatomiquement parfait : fragilité (coup de sabre et/ou baiser).
Ami et assistant de Géricault, Delacroix va poursuivre cette démarche romantique en devenant le chef de file des artistes novateurs, détachés de l’académisme ; faisant de la liberté leur credo, y compris dans la manière de peindre.
Ci dessous, l’enregistrement audio du cours correspondant à la galerie.
Théodore GERICAULT, les Monomanes
Théodore Géricault, véritable comète incandescente disparaît jeune, rongé par la maladie, émacié, cadavérique, usé avant la quarantaine, brûlé par les deux bouts.
Emblématique figure de cette génération perdue, qui navigue entre l’aventure de l’émigration (suite à la Révolution) puis la fascination pour l’épopée Napoléonienne.
Comparable à Stendhal, contemporain de Chateaubriand, puis Hugo, Sand, Flora Tristan, Dumas, Balzac…il est question d’engagement personnel, de défi, de puissance de solitude, de voyages, de conflits.
Ses études de « monomanes » (aliénés) correspondent à la commande d’un ami aliéniste (premiers scientifiques à se pencher sur les maladies mentales, en se dégageant des explications religieuses de possession diaboliques). Il était question de « modéliser », selon la morphologue, des types de pathologies.
Pour Géricault,il s’agit d’un face à face incroyable avec l’abîme vertigineux d’une personne déconnectée du monde. Les yeux sont hagards ou flottants, les bouches crispées, la posture du corps vacillante. Ce dispositif puissant pour le peintre de regarder, de plonger dans la psyché perturbée et de tenter d’en traduire la singularité est un des exercices picturaux les plus dense.
La peau, les rides, les rougeurs sur les yeux, le teint terreux, les ridules sont mis en scène discrètement par une composition qui mène notre regard au regard des sujets. La prouesse de géricault est de suggérer la maladie par ces petits points sombres que sont les prunelles.
Fasciné comme sa génération romantique par « l’ailleurs » (la mort, la folie, le passé, le futur, le lointain, l’autre, l’animal..) Géricault trouve dans cette commande une cohérence avec ses précédents thèmes.
La liberté, thème romantique par essence, celle des chevaux par exemple.
La mort des naufragés de la Méduse (morts pour rien, à la différence de tous les morts représentés jusqu’alors), les fragments de corps suppliciés, les têtes de décapités, les cadavres d’animaux.
L’aventure guerrière, l’épopée napoléonienne..le cuirassier chargeant, tranchant le passé, se laissant emporter par la fougue du cheval, le futur confus et embrasé, la selle reposant sur la dépouille d’une bête fauve. Ensemble traité avec feu, traces, gestes, couleurs d’incendie. Composition centrée, mais basculant totalement en diagonale. L’ébauche renseigne sur les motivations profondes, même si la proposition finale semble assagie ; le jeune Géricault détonnait déjà aux salons, d’écartant du néo classicisme de David, mais prolongeant les audaces du baron Gros ( Eylau- Jaffa).
Le cuirassier quittant le feu est l’exact inverse, point à point de la charge..et correspond aux défaites de Napoléon…
Ainsi, comme dans le » Radeau de la Méduse », Géricault par sa peinture participe aux désespoirs et errances de sa génération devant le retour de l’ancien régime. Le fait divers tragique de la Méduse, sera compris comme une charge politique contre la restauration, dirigeants incapables, abandonnant le peuple à la dérive, en proie à des tensions mortifères. Le capitaine de la méduse, incompétent, avait été nommé par le Roi en remplacement du précédent, connu comme Bonapartiste. Suite à l’échouage de cette frégate, fleuron de la Marine, des dizaines de passagers sont abandonnés sur un banc de sable et dérivent ensuite sur un radeau (très grand. Plus d’une centaine de « passagers » au début) et sont victimes de conflits, de meurtres, de faim, de soif… jusqu’aux délires et à l’anthropophagie. Ce fait divers aurait été ignoré, si 2 rescapés n’avaient pas porté plainte contre les officiers lâches.
Géricault compose cette tragédie sur un format dédié traditionnellement aux peintures d’histoire ; il déchire littéralement la composition en 2 pyramides. Les figures anonymes nous tournent le dos. Chaque individu est partagé entre ombre et lumière. Tendus vers la droite, le vent les pousse vers la gauche. La pointe du radeau suggère l’instabilité sur une mer abyssale et dangereuse. les cadavres des « morts pour rien » suggèrent une méditation sur la vie, la corporéité. Les fragments de cadavres humains comme les animaux morts sont aussi des interrogations métaphysiques sur l’existence, débarrassées du Joker Monothéiste.
Delacroix, qui saura exprimer par la couleur et l’énergie, une aspiration irrationnelle, va dialoguer avec la peinture du « Radeau » en inversant la structure de façon poistive sur son oeuvre majeure « la liberté guidant le peuple ».
Pyramide reconstituée (au lieu des 2 pyramides du Radeau), figures nous faisant face tournant le dos à la confusion et aux fumées. Energies culminant au sommet de la pyramide par une idée, un concept, une abstraction, les 3 bandes tricolores. Les cadavres sont une reprise des 2 cadavres de Géricault, mais eux ne sont pas morts pour rien.
De même, Delacroix concentre tout le romantisme dans son portrait extraordinaire de la’ jeune fille grecque dans un cimetière ». Sensualité-mort-orient-liberté-espoir- Structure en pyramide, mais construite aussi sur une diagonale (la même que le cuirassier chargeant de Géricault). Cascade d’ouvertures jusqu’à l’œil humide (émotion) et à la bouche entrouverte (souffle), légère coloration du nez et des joues (fraicheur du matin, émotion), chignon défait (agitation, trouble, courant d’air).
Au centre géométrique de chef d’œuvre, les tendons du cou, dans un losange anatomiquement parfait : fragilité (coup de sabre et/ou baiser).
Ami et assistant de Géricault, Delacroix va poursuivre cette démarche romantique en devenant le chef de file des artistes novateurs, détachés de l’académisme ; faisant de la liberté leur credo, y compris dans la manière de peindre.
Ci dessous, l’enregistrement audio du cours correspondant à la galerie.
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About Olivier Jullien
Intervenant dans le domaine des arts plastiques, comme enseignant, praticien ( peintures-graphismes) et conférencier.