l’ animal

Ci dessous, le déroulement des planches relatives à la question animale, lors de la séance dédiée à ce sujet, en mars 2021 ( lycée Lakanal) . D’une manière générale, on peut vérifier, au cours des millénaires, des créations exprimant des rapports variés à l’univers de l’animalité.

Le thème est très vaste et je ne propose ci dessous que quelques entrées et pistes de réflexions.

La fascination admirative, des humains du néolithique, soucieux de préserver au cœur de la terre, ces figures emblématiques de la vie ( anima) . Sentiment vraisemblable d’humilité de ces animaux « néotènes » que sont les humains envers la perfection et l’harmonie qui émanent des troupeaux sauvages.

L’assimilation de la diversité du monde vivant, devenant répertoire de formes et repères de tribus ; vraisemblables totems à Göbekli Tepe. La diversité des groupes animaux, est exprimée avec une diversité de styles significative .

La lente progression vers la domestication, typique des peuples du mésolithique..Les humains commencent à vivre parmi et avec les animaux, en opérant une distinction de plus en plus nette entre les espèces ; d’un côté la domestication des grands ruminants ainsi que des chiens et des « montures » ( chevaux/dromadaires), de l’autre les animaux sauvages, tels les grands félins. Les déesses féminines sont associées à ces civilisations, trônant et fondatrices des premières cités. La période du mésolithique, correspondant globalement à ce type de rapports nouveaux. Les figures de grands ruminants apparaissent comme de véritables divinités.

En Egypte, cas particulier de fertilité, biotope exceptionnel, servant vraisemblablement de refuge à de nombreux peuples, atteints pas les sécheresses ( péninsule arabique, Tassili), les grands bovins sont associés à la générosité de la nature ; grandes vache céleste, mais aussi déesse du Nil, Hathor, Isis, Nout…

On voit aussi cette déesse égyptienne, dominant les félins féroces, couronnée de cornes, enserrant le soleil et tenant des épis. Fertilité, fécondité, force et sagesse cosmique. Continuité de déesses féminines toutes puissantes ; que l’on retrouve aussi avec Cybèle et Artemis d’ Ephèse,entourée de figures animales, tantôt domestiquées, tantôt sauvages…mais aussi cosmiques ( le zodiaque).

La sédentarisation et l’appropriation et la domination du monde vivant ( plantes, troupeaux) va hélas de pair avec la prise de pouvoir hiérarchisée, sur les humains et la déconstruction des mythes féminins. On voit apparaître, tant dans la Bible que dans les mythes mésopotamiens et grecs, les figures de « héros » violents, terrassant les taureaux ( là où les figures féminines les domestiquaient).

Cette violence, n’empêche pas que continue l’admiration pour la diversité du monde animal, telle que représentée par Orphée ou le crue du Nil. Période de représentation assez naturaliste, tendant à recenser la diversité du monde, le fameux « de natura rerum ».

On voit aussi apparaître des figures animales symboliques, par exemple autour de la déesse anatolienne fondatrice de cités ( Ktisis) mais aussi dans le « tétramorphe » chrétien ; 4 figures, associées à des univers différents, assimilables aux 4 points cardinaux, 4 saisons etc.. comme un ordre du monde, symbolisé par des natures différentes.

Les chrétiens, auront aussi comme souci de se débarasser des grands mythes féminins et animaux, telle la « prostituée de Babylone ( figure des grandes déesses antiques), et de sélectionner les figures positives de ces divinités précédentes ( déesse mère, divinités associée aux astres et dominant les animaux féroces ; dragons de l’ apocalypse)..La plus riche iconographie, se trouve dans les variantes des Apocalypses commentées ( manuscrits espagnols, du 9e au 11 e siècle). Le christianisme relaie la tradition du sacrifice animal, héritage lointain de Prométhée, relayé par Abel ( qui sacrifie un animal à son Dieu- Caïn sacrifiant ses récoltes) puis par Abraham et le symbolise, Jésus devenant « l’agneau pascal ».

Nous trouverons ensuite, une grande diversité d’approches, allant des bestiaires aux fabliaux, romans, traités, qui témoignent de la diversité des créations culturelles. Les manuscrits sont dédiés à des personnes cultivées, lettrées ; peu nombreuses, mais témoignent de ce fait de la grande diversité, tant des styles que des approches. On voit aussi apparaître une démarche naturaliste de classification et de compréhension des biotopes et des interrelations entre les groupes vivants ( humains, animaux, plantes).

La renaissance ne sera pas la période la plus féconde de ce point de vue, car progressivement, l’idée d’une hiérarchie absolue du vivant, tout comme la prééminence de l’esprit, tendent à reléguer l’animalité aux mondes inférieurs, l’idée de bestialité étant assimilée à une sexualité brute et aux métiers ingrats des paysans et producteurs. Seuls, les chiens et les chevaux restent dignes de portraits.

Il n’y a guère que Jérôme Bosch, qui soit en mesure de perpétuer une vision idyllique d’un monde associant plantes, animaux et humains dans une fiction coupable et fragile.

La question de la sensibilité et de l’identification au corps animal est abordée à partir du 17e siècle…qu’en est il du vivant ? De la chair ? Questions que soulèvent, Rembrandt, Chardin, Goya puis encore Courbet. comme un face à face de l’humain avec ce monde étranger et proche à la fois. Remise en cause des hiérarchies et de la supériorité du genre humain.

Au 20e siècle, l’animalité sera souvent comprise comme un antidote au monde industriel et artificiel qui se développe violemment. Il y aura l’idée d’un ressourcement « primitif », tantôt violent et tantôt ludique, auprès d’un monde vivant et innocent.

Les poissons rouges de Matisse, le Cirque de Calder et même le »coyote » de Joseph Beuys, sont toujours des approches positives de l’animalité comme figure de l’innocence dans un monde brutal. Dubuffet et Fautrier retrouvent même la force tranquille et passive de ces corps innocents et nourricier, promis aux sacrifices.

A propos Olivier Jullien

Intervenant dans le domaine des arts plastiques, comme enseignant, praticien ( peintures-graphismes) et conférencier.
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