Mésolithique et cultes féminins. Le site de Catal Huyuk.

Le site de Catal Huyuk ( prononcer chatal..) en Anatolie est exceptionnel à plusieurs degrés.

L’une des premières preuve claire de sédentarisation sur une période longue. Véritable petite cité, évoquant les villages amérindiens des Hopis.

Ce site révèle notamment 2 grands modèles intimement associés : des sculptures nombreuses de femme imposantes, trônant flanquées souvent d’animaux sauvages, félins et , un culte récurrent aux figures bovines, comme par exemple, la grande fresque et les « bucranes » ( crânes et cornes de bovins) retrouvés dans de nombreuses pièces.

Il y a comme une équation, associant sédentarisation/Figure féminine/bovidien.

Plusieurs sites sont découverts, dans cette région, associant les mêmes éléments.

Ceci est clairement le signe d’une période longue de TRANSITION…le passage de cultures bovidiennes ( pastoralisme) à des cultures agricoles.

Ce site contribue à réviser le stéréotype lancinant du passage de cultures dites de « chasseurs/cueilleurs » nomades aux cultures « agricoles » sédentaires. Des pans entiers de notre histoire sont éliminés de façon incroyable, à savoir les cultures dominantes pendant de très longues périodes, et notamment le « MÉSOLITHIQUE », à savoir des cultures pastorales.

Ces cultures pastorales, correspondent aux très long cheminement de sociétés, vers une domestication du vivant..; en premier lieu, les herbivores, caprins, ovins, bovins, camélidés….la domestication et l’accompagnement des troupeaux, témoigne de vies plus ou moins nomades, mais qui n’ont rien à voir avec les pratiques paléolithiques des « chasseurs cueilleurs » en petits groupes familiaux, errant sur de vastes territoires, et correspondant plutôt aux sites anciens, de type, Chauvet, Lascaux , Cosquer…sur le territoire actuel de la France, par exemple.

 

 Ci dessous la statuette la plus emblématique du site. Certains détails anatomique remarquables, comme les plis de peau aux genoux.

Une autre découverte récente, de figures debout. Une même anatomie mettant en valeur des signes genrés des seins et de fessiers. La précision et stylisation des caractéristiques anatomiques est extraordinaire de justesse jusqu’aux chevilles gonflées par exemple.

Ci dessous, des variantes proposant des corps quasiment semblables, mais dans des positions différentes, notamment les figures assises dans des postures détendues et sereines.

La multiplication des découvertes de statuettes assimilables à celles de Catal Huyuk en Anatolie, semble confirmer la thèse d’une véritable culture, associée à des pratiques économiques similaires , à savoir la transition d’un mode pastoral à un mode agricole.

La figure extraordinaire du site d’ Hacilar, de femme couchée, à laquelle est comme agrippée une autre figure est l’une des plus belle variantes de ces corps féminins tout puissants et sereins. De même la figure assise au sol, exprime une même calme puissance.

 

Les fouilles, en cours, du site ne cessent de révéler des richesses et des surprises archéologiques. Il est possible de modéliser et de proposer une reconstitution vraisemblable de la cité.

Le site comparable de Hacilar, semble corroborer le lien entre mode de vie, structure sociale et cultes féminins.

Les intérieurs reconstitués de salles, qui ne sont pas des temples, manifestent clairement l’importance accordée à la domestication des bovins ainsi que la fascination pour la puissance animale. Sur les murs, des traces rouges qui sont interprétées, souvent comme la représentation du site…premier « paysage » de l’histoire de l’art !!!!

Pendant des siècles encore, les figures féminines, trônent dans cette partie  fondamentale de notre monde, le fameux croissant fertile. Figures calmes de richesse et d’abondance, de stabilité ( postures assises, trônant, couchées). Ces figures semblent se répandre de façon progressive et rayonnante autour des sites anatoliens.

Il n’est pas impossible d’associer encore les statuettes féminines de Catal Huyuk à certains ciltes de l’accouchement, que l’on retrouve autour de la déesse Rana ( grenouille) et de la figure indienne de Lajja Gauri.

Il existe aussi, des sites exceptionnels et très nombreux, par milliers, qui témoignent de cette période négligée trop souvent et dite du « BOVIDIEN ». Entre 10 000 et 4 000 ans BC, des peintures murales exposent clairement un nouveau rapport au monde animal, qui n’a rien à voir avec la fascination sidérée des humains du paléolithique devant le monde animal, mais au contraire d’une véritable connivence, complicité et proximité.

Ces fresques n’ont rien à voir avec des pratiques de « chasseurs cueilleurs » ni de sédentaires agriculteurs. Les gigantesques troupeaux des vertes prairies du Tassili ( actuel désert) sont ici peints ainsi que des multitudes d’humains les accompagnant. Autour des bovins, des chiens, des chevaux, des caprins, des dromadaires….

Les grands bovins dominent. La fréquence de leur représentation semble tenir du culte et de la célébration. Fierté certaines des humains capables de domestiquer et d’apprivoiser progressivement de tels animaux. Encore une fois, rien n’évoque une agriculture, inutile, car la fertilité des prairies ne doit rien au travail humain et rien n’évoque une chasse quelconque.

 

Sur le panneau ci dessous, on distingue clairement des humains ranger un troupeau, sans grand enclos. Les interactions humains/animaux sont variées et ne semblent pas évoquer de domination. On repère assez facilement des silhouettes féminines.

Des fouilles rares et récentes, témoignent d’un phénomène de masse sur toute cette partie du continent africain. Figures gravées en plein air et peintes sur des parois et non des grottes. Sans doute le signe de société plus ouvertes et moins tribales qu’au paléolithique.

Il y a clairement une vénération pour les grands bovidés, plutôt vache que taureaux d’ailleurs.

Les grottes enfouies, des millénaires précédents, le paléolithique, avec des représentations d’animaux libres et fascinants, sans représentations humaines, relèvent de cultures radicalement différentes.

Ci dessous, des variantes magnifiques des cultes bovins, de l’Éthiopie jusqu’en Afrique du sud.Correspondant aux mêmes périodes et aux mêmes schémas de subsistance et d’approche du monde bovin et herbivore, incluant les antilopes.

Ce grand panneau, mêle différents types de grands herbivores, chevaux, camélidés, bovins..Il est intéressant de noter les domestications variées , certains animaux devenant montures et auxiliaires, d’autres dédiés à la nourriture vraisemblablement.

Le phénomène est repérable dans toute l’Afrique et se manifeste sous différents aspects : peintures et gravures. A chaque fois il y a une intention manifeste de marquer un territoire public et ouvert, visible ; à la domestication progressive du vivant correspond l’appropriation progressive des espaces. Problématique que l’on repère bien entendu sur le site anatolien de Göbekli Tepe, où il est vraisemblable qu’il y ait en jeu la répartition de zones, selon des tribus identifiées à leurs animaux fétiches ( qui n’ont rien de commun avec les animaux accompagnés).

En remontant le temps, il se trouve que le site anatolien de Göbekli Tepe, avant celui de Catal Huyuk, prouve aussi que la sédentarisation de certaines pratiques, est compatible avec des cultures non agricoles. A cette période, il n’y a pas de traces d’agriculture. Le site étagé sur plusieurs niveaux, témoigne sans doute d’un lieu de rencontre rituel entre « tribus », chacune associée à un « totem » animal. la rencontre rituelle de ces tribus, pourrait correspondre avec des répartitions de territoires de pastoralisme et/ou de chasse.

Ce site exceptionnel est parfois attaché au mythe de Babel, car les couronnes de pylônes monolithes sont souvent superposées régulièrement après enfouissement de la plus antique..l’idée de « tour » est envisageable. Mais encore une découverte exceptionnelle très récente semble prouver que les constructeurs de STONEHENGE, venaient d’ Anatolie : .https://www.bbc.com/news/science-environment-47938188…

Les animaux représentés ne correspondent ni aux grands mammifères sauvages du paléolithique, ni aux grands herbivores domestiqués, ni même aux petits gibiers chassés ( lapins, rongeurs…oiseaux). Leur représentation serait donc bien plus associée à des identifications de groupes ( totems). Ce qui corrobore cette hypothèse est encore la diversité stylistique exceptionnelle. Quand l’on voit par contre des continuités stupéfiantes des animaux peints du paléolithique, sur des dizaines de milliers d’années.

Mais on peut évidemment rattacher les figures féminines de Catal Huyuk aux milliers de statuettes féminines, bien antérieures, et remontant jusqu’à 40 000 ans. Figures qui balisent régulièrement tous les territoires explorés par les fouilles archéologiques, de la Sibérie jusqu’à l’occident.

On peut raisonnablement affirmer, que depuis les cultures paléolithique des chasseurs cueilleurs, en passant par les périodes mésolithique du pastoralisme, il existe une figure féminine puissante pouvant être assimilée à une déesse unique dominante.

La période pré agricole, correspondant donc à Catal Huyuk, voit encore ce modèle établi avec force et même associé aux premières sédentarisations. Jusqu’à Babylone.

Il n’a pas été possible pour l’humanité de se défaire brusquement d’une telle tutelle millénaire. Notamment dans le croissant fertile.

Par contre il est patent, que vers 1800 et 1500, la sédentarisation, l’agriculture et la possession du vivant : terres, troupeaux, va évoluer vers une distinction et une hiérarchisation : esclavage, rivalités et soumission progressive des femmes.

Toute la culture antique, née en cette période, gréco romaine et/ou biblique est construite sur la destruction des puissances féminines.

 

une très lente évolution, des sculptures récurrentes pendant des millénaires, évoquant des femmes aux formes très rondes ( ce qui est sans doute une exception chez les peuples nomades et/ou semi nomades) jusqu’aux silhouettes assez graciles aux bras levés de la culture Nagada . Élément notable, c’est la sorte de fusion assimilation de la figure féminine à la tête de bovin. Assimilation que l’on retrouve assez clairement dans la fameuse palette de Narmer de l’ancien empire.

On voit évoluer cette association entre cultes bovins, maîtrise des animaux sauvages et déesses trônant dans tout le croissant fertile : dans ce genre, la déesse Ishtar de Babylone est sans doute l’expression la plus aboutie de ce syncrétisme.

Le culte de la grande déesse ISHTAR est omniprésent dans le croissant fertile et se répand sous différentes formes dans le proche-orient. Ishtar est déesse de forces obscures, sensuelle aussi, associées aux astres, au taureau céleste, comme aux lions. C’est elle enfin que le premier « héros » masculin viriliste va mépriser et combattre en tuant son taureau, Gilgamesh. Ishtar est associée aussi à Inanna puis à Lilith ( première femme maudite de la Bible), ensuite à Astarté ..Ishtar et Inanna sont  aussi fondatrices de cités et associées à l’architecture, à une sédentarisation primitive.

A propos Olivier Jullien

Intervenant dans le domaine des arts plastiques, comme enseignant, praticien ( peintures-graphismes) et conférencier.
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